Hélène Barrier et Lucie Jean se rencontrent à l’occasion d’une exposition collective à la Galerie Beaurepaire, Paris.
De là est né le désir de créer des passerelles entre leurs univers, singuliers mais complémentaires, avec leur médium,
leur poésie, leur sensibilité personnels.
Ainsi à l’occasion de son exposition ''Pluie noire'' (Galerie des Comptoirs arlésiens de la jeune photographie, juillet 2014),
Lucie invite Hélène à déposer une première pierre dans leur collaboration : une invitation à l’écriture.
Hélène s’approprie les photographies, et y mêlent son regard et ses mots, ses propres images mentales, donnant naissance
au texte L’aridité recouvre le jour.
A l’automne prochain, Lucie et Hélène projettent la réalisation d’un court-métrage, alliant la vidéo à une performance d’Hélène,
reliant la fiction à son interprétation, en référence encore au Japon, lien de prédilection fort entre elles.
 
Hélène Barrier est une artiste plurielle : performeuse, plasticienne textile, écrivain...
“ J’imagine le paysage comme champs mental d’où faire émerger des formes hybrides, sorties de mon âme sauvage.”
www.iconoklastes.com
 
 
Carte du ciel à poursuivre, hallucinée de points lumineux,
gouttes d’eau qui agrandissent le regard.
Oscillation d’un fil tendu au-delà du vertige.
 
Les digues s’affaissent comme des châteaux de sable,
mon sang millimètre par millimètre recule et spasme,
les pierres comme des dents conversent parmi les mousses bleues, leurs palabres relient les routes.
La terre enduite entame un chant. Mon visage, lavé de toutes les peurs, savoure la lumière, et de la poussière du sol émerge l’horizon.
 
L’air siffle aussi, il vibre sans chaleur.
La terre épaisse expire en longs souffles de dragon la rosée
fumeroles lumineuses lissent le pelage du sol, parmi les épines, les feuilles, les branches et dessous la vie grouille encore, obstinée et livide dans la terre lourde.
La forêt s’ouvre en un éclair et révèle l’écorce,
ma peau frissonne.
Je sens les bois calcinés exsuder une lèpre grise.
 
Des champs comme des vagues se retournent sur le vent.
Cheveux fous écrasées sur la nuque après l’amour les blés dans lesquels je nage moite.
 
Dans le silence,
l’aube laboure notre poitrine, nos rêves deviennent opaques.
Les rayons du soleil né s’enfoncent en nos poumons, s’insinuent dans nos artères.
Nous recrachons l’absurde destruction du monde, inertes.
     L’aridité recouvre le jour par Hélène Barrier
     Autour de ''Pluie noire''
     www.iconoklastes.com
 
Roches sombres presque noires, soudain roses et rousses
les herbes longues strient et sèment.
Ocre dans la main gantée de rouge.
Enfin un peu de feu.
 
Les yeux secs me grattent.
Tout tangue, et le vent changé en spectre me harangue,
et mes doigts menus s’agrippent aux pétales fragiles.
L’azur haut me nargue dans l’été à peine senti, il faut refaire.
Je me souviens de mes pieds nus sur l’asphalte brûlante quand je courais vers toi, les petits cailloux laissant
leur empreinte sur la peau, un peu de goudron,
un peu de saleté, alors que je volais, le coeur éclaté.
Une truite ouverte en deux.
Sourde aux prières.
 
Vallée vertigineuse et déployée offerte,
à l’immense étendue étoilée  visible
de l’intérieur des terres.
Intérieur maintenant très propre, purgé,
Après les eaux brûlantes
les jets glacés de silences effrois,
les vents violents chargés de débris éclipsés.
RESTE !
 
Pourtant à distance de la “zone interdite”, à chaque pas que je fais, chaque paysage que je contemple, s’immisce en moi un doute face à ce poison invisible. Quelles sont réellement les frontières de cette zone ?
Pour éprouver cette limite invisible, j’erre dans la nature, celle en bordure des villes. De partout, elle me donne l’illusion d’être maîtrisée, habitée, mais sa densité particulière me ramène en permanence à sa réelle puissance. Comme à travers un film de suie, je ne m’attarde pas seulement sur les détails fugaces de cette nature obscure et instable, sur les échos décalés d’une onde ou d’un filet de fumée, mais aussi sur les indices troubles d’une possible détérioration. Signes doubles d’une nature dominante mais altérée.
 
Chacune de ces images est le reflet de mon appréhension lors des nuits pluvieuses d’avant le typhon, de ma conscience sombre, emplie des images terribles des effets de la radioactivité sur la nature et les hommes. Tout peut s’effonder du jour au lendemain : le sol n’est jamais tout à fait stable, la nature tout à fait prévisible, la catastrophe tout à fait éloignée.
 
Loin de prétendre témoigner des conséquences actuelles ou à venir de la catastrophe, ce travail porte juste l’empreinte de ce regard inquiet face à la menace sourde qui pèse sur un pays fascinant.
     Pluie noire - 黒い雨
 
A l’automne 2013, la possibilité m’est enfin offerte de revenir au Japon, dix ans après mon premier séjour. Mais ce deuxième séjour se teinte d’une couleur particulière. Trois ans après le tsunami et la troisième catastrophe nucléaire du pays, ce territoire insulaire et instable m’apparaît encore plus fragile, aux frontières de la chute, exposé au risque constant et imprévisible de la radioactivité.
 
La pluie noire ( Kuroi ame, 黒い雨 ), c’est le titre d’un roman de Ibuse Masuji, que j’ai lu et relu, et qui relate l’explosion de la bombe à Hiroshima. Un livre très noir, très sombre. La pluie noire est la pluie radioactive, mélange d’eau et de cendres, qui recouvre tout après l’explosion. Parallèlement, je suis frappée de retrouver cette image dans le terrible recueil de témoignages La supplication de Svetlana Alexievitch, qui est allée à la rencontre des victimes de Tchernobyl. Alors que cette pluie noire devient obsédante, mon attention est attirée par les estampes et gravures sur bois japonaises Ukiyo-e (浮世絵, terme japonais signifiant “image du monde flottant”), dans lesquelles la pluie est souvent figurée par des hachures noires, recouvrant entièrement la scène.
 
Ces livres et images m’ont hantée avant et pendant mon séjour là-bas.
Pluie noire - 黒い雨               Part I
2013
All images © 2015 Lucie Jean
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#2017 Expositions personnelles
Vernissage 7  décembre • Galerie Les Comptoirs Arlésiens (noamdes) - Galerie Graphem à Paris - Polar dispersion #3
• Galerie Domus, Lyon - Quartiers d'hiver
• Château de l'Etang, Bagnolet - Quartiers d'hiver
#2016
• Comptoirs Arlésiens, pendant les Rencontres photographiques d'Arles - Quartiers d'hiver
• Invitée d'honneur des Rencontres photographiques d'Arlon - Quartiers d'hiver
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