C’est après la fermeture qu’il faut visiter les piscines, pour observer leur haleine sous la lune. C’est par une nuit noire de neige qu’il faut contempler les serres qui flamboient comme dans sa série Polar dispersion, part II ; tandis qu’ailleurs, les maisons remuent. C’est en soulevant les pierres que l’on trouve des ossuaires d’oiseau, des offrandes et des rites indéchiffrables. L’Islande, ce bord du monde qui n’a pas besoin d’être convaincu de l’invisible, lui va si bien.
Ou est-ce le Japon, ces montagnes embrumées ? Terres de feu, de convulsions enfouies, où ce qui n’est pas dit compte plus que le dit. Les pierres y ont leur place, dessinent des constellations anciennes, que les habitants reconnaissent sans surprise. Pas d’inquiétude dans le spectacle de ces forces telluriques discrètes, pas de menace dans ces signes.
     Paysages passage par Manuel George
 
Il est des photographes qui traquent avec obstination l’heure juste, l’instant idéal où la lumière recueillie sera la plus pure pour l’émulsion. Chasse et chimie. Lucie Jean cherche, elle, à s’attarder à se faire oublier dans ce moment où les choses reprennent vie, après l’engourdissement du passage de l’homme. Des greniers, des piscines, des congères ou des pans de mur rendus à eux-mêmes, continuant sans cérémonie un mouvement élémentaire trop ample pour être isolé par le temps humain. Affaire de souffles, de craquements, de bulles dans la glace. On entend des chuchotements étouffés dans ces photos, des cliquetis affairés.
Et du vent, indifférent, qui passe et s’oublie au loin. Laissant à leur éternité fragile ces montagnes cendreuses, ces paysages de suie où elle aime tant se perdre.
 
Ses beaux titres sont des énigmes : des fragments, des runes recueillies, des oracles obscurs. Des traces à peine chiffrées qui disent l’énigme du monde, ses avers inconnus. La photographie est le moyen qu’elle s’est donné pour rendre les lieux à leur étrangeté, les êtres à leur mystère ; l’appareil photo une lanterne, pour éclairer les galeries, révéler les interstices et se glisser entre les plis. S’attarder sur une lézarde du mur, attendant que la fissure s’agrandisse et libère un passage.
Pluie noire - 黒い雨               Part II
2013
Simon Lourié
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#2017 Expositions personnelles
• Galerie Domus - Université Claude Bernard Lyon - Quartiers d'hiver
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