L’aridité recouvre le jour
par Hélène Barrier
 
Roches sombres presque noires, soudain roses et rousses
les herbes longues strient et sèment.
Ocre dans la main gantée de rouge.
Enfin un peu de feu.
 
Les yeux secs me grattent.
Tout tangue, et le vent changé en spectre me harangue,
et mes doigts menus s’agrippent aux pétales fragiles.
L’azur haut me nargue dans l’été à peine senti, il faut refaire.
Je me souviens de mes pieds nus sur l’asphalte brûlante quand je courais vers toi, les petits cailloux laissant
leur empreinte sur la peau, un peu de goudron,
un peu de saleté, alors que je volais, le coeur éclaté.
Une truite ouverte en deux.
Sourde aux prières.
 
Vallée vertigineuse et déployée offerte,
à l’immense étendue étoilée  visible
de l’intérieur des terres.
Intérieur maintenant très propre, purgé,
Après les eaux brûlantes
les jets glacés de silences effrois,
les vents violents chargés de débris éclipsés.
RESTE !
 
 
Carte du ciel à poursuivre, hallucinée de points lumineux,
gouttes d’eau qui agrandissent le regard.
Oscillation d’un fil tendu au-delà du vertige.
 
Les digues s’affaissent comme des châteaux de sable,
mon sang millimètre par millimètre recule et spasme,
les pierres comme des dents conversent parmi les mousses bleues, leurs palabres relient les routes.
La terre enduite entame un chant. Mon visage, lavé de toutes les peurs, savoure la lumière, et de la poussière du sol émerge l’horizon.
 
L’air siffle aussi, il vibre sans chaleur.
La terre épaisse expire en longs souffles de dragon la rosée
fumeroles lumineuses lissent le pelage du sol, parmi les épines, les feuilles, les branches et dessous la vie grouille encore, obstinée et livide dans la terre lourde.
La forêt s’ouvre en un éclair et révèle l’écorce,
ma peau frissonne.
Je sens les bois calcinés exsuder une lèpre grise.
 
Des champs comme des vagues se retournent sur le vent.
Cheveux fous écrasées sur la nuque après l’amour les blés dans lesquels je nage moite.
 
Dans le silence,
l’aube laboure notre poitrine, nos rêves deviennent opaques.
Les rayons du soleil né s’enfoncent en nos poumons, s’insinuent dans nos artères.
Nous recrachons l’absurde destruction du monde, inertes.
Hélène Barrier et Lucie Jean se rencontrent à l’occasion d’une exposition collective
à la Galerie Beaurepaire, Paris.
De là est né le désir de créer des passerelles entre leurs univers, singuliers
mais complémentaires, avec leur médium, leur poésie, leur sensibilité personnels.
Ainsi à l’occasion de son exposition ''Pluie noire'' (Galerie des Comptoirs arlésiens
de la jeune photographie, juillet 2014), Lucie invite Hélène à déposer une première pierre dans leur collaboration : une invitation à l’écriture.
Hélène s’approprie les photographies, et y mêlent son regard et ses mots, ses propres images mentales, donnant naissance au texte L’aridité recouvre le jour.
A l’automne prochain, Lucie et Hélène projettent la réalisation d’un court-métrage, alliant la vidéo à une performance d’Hélène, reliant la fiction à son interprétation,
en référence encore au Japon, lien de prédilection fort entre elles.
 
Hélène Barrier est une artiste plurielle : performeuse, plasticienne textile, écrivain...
“ J’imagine le paysage comme champs mental d’où faire émerger des formes hybrides, sorties de mon âme sauvage.”
www.iconoklastes.com
L'aridité recouvre le jour
Texte d'Hélène Barrier, autour de Pluie noire
www.iconoklastes.com
All images © 2015 Lucie Jean
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#2017 Expositions personnelles
Vernissage 7  décembre • Galerie Les Comptoirs Arlésiens (noamdes) - Galerie Graphem à Paris - Polar dispersion #3
• Galerie Domus, Lyon - Quartiers d'hiver
• Château de l'Etang, Bagnolet - Quartiers d'hiver
#2016
• Comptoirs Arlésiens, pendant les Rencontres photographiques d'Arles - Quartiers d'hiver
• Invitée d'honneur des Rencontres photographiques d'Arlon - Quartiers d'hiver
NOTO
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Photographie