" Des paysages du Grand Nord photographiés par Lucie Jean, on ne retient de prime abord que la forme
de tableaux où de larges plages de couleurs claires se différencient par de subtiles tonalités. La blancheur
des vastes étendues de banquise, ombrée par endroits, côtoie les masses grisées des nuages qui occultent partiellement un ciel bleu pâle. C’est dans ce cadre qu’on dirait informel ou abstrait, s’il s’agissait de peinture, que la photographie discerne des signes de présence humaine, de petites habitations solitaires dans un désert de glace.
 
Les plans choisis par Lucie Jean, qu’ils soient éloignés ou rapprochés, amplifient l’impression de silence
qui règne autour de ces lieux de vie. Quand ils sont vus dans l’immensité des vallées glaciaires, ces édicules semblent inaccessibles comme le leurre des mirages et ils forment de petites taches vives qui, contrastant avec l’uniformité froide du paysage, intensifient l’effet d’une composition informelle. Quand l’objectif se rapproche de ces macules perdues dans le fond clair, il révèle des abris aux allures les plus diverses :
une remorque reposée sur trois crics, une roulotte, un petit mobil-home surmonté d’une cheminée, un wigwam, un appentis peint en bleu ou tout simplement une cabane faite de quatre planches. Ces cahutes
ne constituent pas un village ; elles marquent chacune leur place par des couleurs chatoyantes dans la neige qui s’étend à perte de vue.
 
Lucie Jean a pourtant aligné et regroupé en colonnes ces maisons d’un autre monde en utilisant un dispositif de présentation proche de celui de Bernd et Hilla Becher pour leurs photographies de bâtiments industriels. Mais tandis que les séries des photographes allemands mettaient en évidence la similarité typologique
des édifices, les séries de Lucie Jean manifestent, au contraire, la singularité de cet habitat aussi bien
dans les matériaux employés que dans les couleurs librement choisies par leurs propriétaires.
Rien ne se répète dans ces séries qui sont avant tout centrées sur un mode de vie.
 
La photographe a séjourné pendant deux mois d’hiver auprès des populations de la région du Saguenay-Lac-Saint Jean, où, chaque année, des familles ou des personnes solitaires prennent leurs quartiers d’hiver dans ces abris faits de bric et de broc. La « pêche blanche » qui se pratique à l’intérieur même de ces cabanes est l’occasion de cette migration. Tout le talent de Lucie Jean consiste à raconter cette histoire,
à en produire un reportage à partir d’un cheminement esthétique remarquable. "
Couleurs du silence
Pierre Poujade
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#2017 Expositions personnelles
Vernissage 7  décembre • Galerie Les Comptoirs Arlésiens (noamdes) - Galerie Graphem à Paris - Polar dispersion #3
• Galerie Domus, Lyon - Quartiers d'hiver
• Château de l'Etang, Bagnolet - Quartiers d'hiver
#2016
• Comptoirs Arlésiens, pendant les Rencontres photographiques d'Arles - Quartiers d'hiver
• Invitée d'honneur des Rencontres photographiques d'Arlon - Quartiers d'hiver
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Vidéo
Photographie