La première image dont il m’a parlé, c’est celle de trois enfants sur une route, en Islande, en 1965. II me disait que c’était pour lui l’image du bonheur, et aussi qu’il avait essayé plusieurs fois de l’associer à d’autres images - mais ça n’avait jamais marché.
II m’écrivait : «... il faudra que je la mette un jour toute seule au début d’un film, avec une longue amorce noire. Si on n’a pas vu le bonheur dans l’image, au moins on verra le noir.» Sans Soleil, Chris Marker.
     Chroniques de retours en Islande
Se rapprocher du pôle. Le frôler. Entre-apercevoir
ses contours. Parcourir à nouveau le territoire d’Islande,
le retrouver au cœur de l’hiver.
Paysage aux profils fracturés, de bosses mystérieuses,
aux couleurs déroutées, aux lumières impermanentes.
Chercher à capter les interstices, s’y perdre,
cristalliser un détail, une aspérité, s’en décrocher.
Un regard qui s’approche s’éloigne, qui suit la mouvance
de cette surface en apparence si silencieuse, immuable.
Le calme feint.
Cette terre est une croûte sous laquelle, tout bout,
à fleur de peau.
Une écorce qui se désagrège ou s’agglutine, qui fume
ou se condense, qui explose ou se fige.
Atomisée.
Creuser, et rechercher la ville d’Heimaey*.
 


* Heimaey est une petite île au sud de l’Islande qui a été en partie recouverte par une coulée de lave lors d’une éruption en 1973.
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